Le système bancaire dominicain affiche des fondamentaux solides, mais un indicateur mérite l'attention des investisseurs et des expatriés : la morosité des cartes de crédit a progressé de 48,5% en un an, selon le rapport trimestriel de la Superintendencia de Bancos (SB) à fin juin 2025.
Le taux de morosité des cartes de crédit atteint 5,86% à fin T2-2025, soit +1,05 point de pourcentage par rapport à juin 2024. La cartera vencida — l'encours de créances douteuses — a augmenté de 48,5% en glissement annuel sur ce segment. La morosité globale du système reste contenue à 1,92%, mais la trajectoire des tarjetas de crédito s'en écarte nettement.
Les cartes de crédit représentent le segment le plus sensible au cycle économique : leur morosité monte toujours avant celle du crédit hypothécaire ou commercial. Ce pattern a été observé au Brésil entre 2012 et 2014, où une progression similaire du taux de défaut sur cartes avait précédé de 18 mois un resserrement plus large du crédit à la consommation.
La SB a réagi par la Circular CSB-REG-2026000006, qui renforce les exigences de provisionnement sur les encours revolving. C'est une réponse appropriée — mais l'encadrement des taux d'intérêt sur cartes (qui peuvent dépasser 36% annuel dans le système dominicain) reste un levier non encore activé.
Pour un investisseur français finançant un projet immobilier en RD : la solvabilité d'un acheteur local financé par crédit conso doit être scrutée avec attention. Un promoteur dont la clientèle locale s'endette par carte pour constituer l'apport initial est exposé à ce risque.
Pour un expatrié résident : votre profil de crédit personnel n'est pas affecté par la morosité système. Les banques dominicaines maintiennent des critères stricts pour les non-résidents et les résidents étrangers, généralement exigeant un apport de 30 à 40% sur crédit immobilier.
Pour le système dans son ensemble : la capitalisation reste solide (ratio CAR supérieur à 17%, bien au-dessus du minimum réglementaire de 10%). La SB dispose des outils macroprudentiels pour contenir une détérioration plus large.
Le signal est à surveiller, pas à alarmer. La RD n'est pas en crise de crédit. Mais la trajectoire des cartes de crédit rappelle qu'une économie qui croît à 5% par an génère aussi de l'endettement des ménages — et que la qualité de cet endettement doit faire l'objet d'un suivi rigoureux. Le prochain rapport trimestriel SB (T3-2025) sera déterminant pour confirmer ou infirmer la tendance.